Moins de plastiques, meilleure recyclabilité
Danone rend les emballages plus durables à grande échelle
En novembre 2025, Danone a annoncé haut et fort pas moins de six optimisations d'emballages simultanément. Ce n'est pas un hasard, car le producteur alimentaire voulait montrer aux consommateurs la complexité de cet aspect de sa stratégie de développement durable. Alice Lemesle, senior sustainability manager Benelux: "Nous comprenons que les citoyens veuillent que tout évolue beaucoup plus vite. Mais c'est une question d'équilibre. Entre la technicité, les matériaux disponibles, la maîtrise des coûts et la satisfaction du consommateur.
Comme tout producteur alimentaire, Danone travaille plutôt discrètement à rendre son activité et ses produits plus durables. "L'emballage est un axe de réflexion et d'action important à cet égard", explique Alice Lemesle. En le rendant (plus) recyclable, en réduisant son poids et en diminuant systématiquement la quantité de matériaux "vierges", on peut faire d'énormes progrès sur le plan écologique. Pourtant, la pratique s'avère beaucoup plus difficile qu'on ne le pense. D'une part, il faut veiller à ce que les alternatives ou optimisations ne conduisent pas à une empreinte carbone plus importante. D'autre part, nous ne pouvons et ne voulons pas faire de compromis sur la sécurité alimentaire, la durée de conservation et la vitesse de production. En outre, il y a l'aspect marketing: les consommateurs doivent continuer à "reconnaître" et à acheter leurs produits.
"Enfin, il est impossible de répercuter sur le client final le coût de la R&D, de l'adaptation du parc de machines ou de l'utilisation de matériaux plus coûteux, alors que l'investissement est considérable. Il s'agit donc toujours d'évaluer ce qui est faisable, sur le plan financier, opérationnel et marketing. Même si nous comprenons que les consommateurs souhaitent que tous les emballages soient composés à 100% de matériaux recyclés demain, cela n'est pas toujours possible. Cette fois-ci, nous avons donc décidé de présenter nos initiatives en matière de développement durable en les accompagnant d'une histoire et d'un cadre clair. Pour qu'ils comprennent que nous n'avons pas d'autre choix que de progresser pas à pas."
100% rPET pour l'eau uniquement
Il est vrai que l'évolution de la législation reste une incitation majeure à accélérer le processus de R&D. Le nouveau règlement sur les emballages et les déchets d'emballages (PPWR), en particulier, semble exercer une forte pression. "Pendant longtemps, les attentes et les objectifs européens n'étaient pas clairs. Aujourd'hui, nous savons assez clairement où nous allons, et 2030 n'est plus très loin", déclare Alice Lemesle. "La réglementation est très ambitieuse et les entreprises doivent agir dès maintenant. Danone est heureux de le faire, mais nous nous heurtons à un obstacle majeur: le manque de recyclats disponibles. Même si nous aimerions qu'il en soit autrement, nous ne pouvons aujourd'hui utiliser des bouteilles en PET 100% recyclé que pour nos eaux Evian et Volvic. Ce sont d'ailleurs les produits qui s'y prêtent le plus facilement car peu de propriétés barrières entrent en jeu."
Du PEHD au PET
Le manque de recyclats est la principale raison pour laquelle la nouvelle bouteille de yaourt à boire DanUp ne contient actuellement "que" 36% de matières recyclées. "Néanmoins, nous avons fait un grand pas en avant sur le plan écologique", souligne Alice Lemesle. "Auparavant, l'emballage était composé de PEHD (polyéthylène haute densité), qui n'est pas encore recyclable. Le PET, en revanche, est déjà largement recyclé en Belgique et est également moins lourd que le PEHD. La nouvelle bouteille DanUp est environ 30% plus légère, ce qui signifie que nous devons utiliser 28 tonnes de plastique en moins par an. Grâce à l'utilisation de recyclats, nous pouvons à notre tour réduire l'utilisation de matières "vierges" de 11 tonnes. Un excellent résultat pour un emballage unique, n'est-ce pas?
Le PET pour le yaourt aussi
Depuis la fin de l'année dernière, les alternatives végétales au yaourt aux fruits d'Alpro ne sont pas proposées en pots PS mais en pots PET pour les formats de 4 x 125 g. "Pour ces produits, nous avons donc opté pour le PET. "Pour ces produits, nous avons donc opté pour un changement radical de matériau d'emballage", explique Alice Lemesle. "Nous sommes ainsi prêts à intégrer du PET recyclé à l'avenir, conformément à la réglementation PPWR qui exige 30% d'emballages alimentaires en PET d'ici 2030. L'objectif est d'appliquer bientôt le recyclat dans cette ligne de façon efficace. Nous voulons commencer avec 10%, puis, nous espérons plus ... si nous disposons de suffisamment de matériaux. Je tiens à souligner que le passage au PET peut sembler simple, mais que dans la pratique, il y a eu des défis à relever. Par exemple, ce matériau est transparent, ce qui a des conséquences en termes de propriétés de barrière et de logistique. C'est pourquoi le département R&D travaille actuellement sur des manchons qui protègent davantage le produit de la lumière et pendant le transport, sans pour autant compliquer le processus de recyclage."
Conservation difficile pour les aliments pour bébés
La gamme de Danone comprend également des aliments pour bébés. La réglementation pour ce type de produits est très stricte, ce qui rend encore plus difficile le passage à d'autres emballages. "Néanmoins, nous voulions faire un pas en avant écologique dans cette gamme", explique Alice Lemesle. "En raison des exigences strictes, l'utilisation de matières recyclées n'est pas encore d'actualité. Nous avons donc cherché à améliorer la recyclabilité en développant des emballages mono-matériaux. C'est devenu une longue recherche qui a occupé notre département R&D pendant pas moins de quatre ans. Mais l'abandon n'était pas dans le dictionnaire: nous commercialisons depuis peu les purées de fruits Olvarit dans des emballages entièrement en polypropylène. Certes, le PP recyclé ne peut actuellement pas être réutilisé pour l'emballage alimentaire, mais une usine de recyclage a récemment été ouverte à Anvers, ce qui offre des perspectives d'avenir prometteuses dans ce domaine."
Parier sur la réduction du poids
Danone a prouvé avec sa gamme Actimel qu'il n'est pas toujours nécessaire de recourir à d'autres matériaux d'emballage pour améliorer l'empreinte carbone. Dès 2023, l'entreprise a décidé de supprimer les étiquettes. Depuis, elle s'efforce de réduire systématiquement la quantité de plastique utilisée pour les bouteilles. "Le passage à un matériau autre que le PEHD (polyéthylène haute densité) n'est pas envisageable pour cette gamme", explique Alice Lemesle. "Les produits laitiers exigent des propriétés de barrière très spécifiques que seul le PEHD peut actuellement satisfaire. Toute autre solution nécessiterait l'utilisation de plastiques composites, ce qui compromet la recyclabilité. C'est pourquoi nous nous sommes concentrés sur la réduction du poids de cette gamme. Depuis 1994, cet emballage en polyéthylène haute densité s'est allégé de 40%. La suppression du manchon a permis de réduire la quantité de plastique de 4,5%, ce qui a permis d'économiser près de 28 tonnes de matériaux et 200 tonnes de CO2 par an. Plusieurs défis ont également été relevés, notamment l'adaptation de l'équipement de production. Par exemple, il a fallu beaucoup de temps pour que la force de préhension des robots soit correcte. En l'absence de manchon, les bouteilles étaient moins résistantes. Lorsqu'on les manipulait, ils étaient pressés l'un contre l'autre, ce qui provoquait l'ouverture fréquente des bouchons."
Défi commercial
Le passage à des solutions plus durables ne se fait pas toujours sans heurts d'un point de vue commercial. Danone en a notamment fait l'expérience lors de l'adaptation de son emballage Actimel. Alice Lemesle explique: "Lorsque nous avons enlevé le cerclage, nous avons eu des réactions surprenantes de la part des consommateurs. Tout à coup, la bouteille était plus transparente et le produit visible. La phase supérieure étant plus légère et plus liquide, on avait l'impression que la bouteille était moins rempli qu'avant, alors que le volume n'avait pas changé. Après avoir rassuré les consommateurs, nous avons changé la couleur de la bouteille pour éviter cette impression à l'avenir.
Du noir au presque noir
La conservation des produits buvables et consommables à la cuillère de HiPRO dans des emballages UHT (ultra haute température) était également un défi commercial. En effet, le service marketing ne voulait pas toucher à la reconnaissabilité de l'emballage "noir." Or c'est précisément cette couleur qui rend le processus de recyclage difficile, voire impossible. Alice Lemesle: "C'est pourquoi la R&D s'est concentrée sur la recherche d'une alternative au "noir carbone." Une solution a finalement été trouvée avec des couleurs sombres qui se rapprochent du noir mais qui restent détectables dans les machines de tri. D'ici fin 2026, nous avons également pour objectif de rendre le reste de la gamme HiPRO totalement "black-out free."
Pas à pas
Lentement mais sûrement, Danone continue de travailler sur la durabilité de ses emballages. "Qu'il y ait suffisamment de rPet sur le marché ou non, nous devons continuer à travailler sur la réduction du poids et l'amélioration de la recyclabilité", explique Alice Lemesle. "Dans ce contexte, nous participons à un projet de recherche qui étudie la possibilité de supprimer la couche d'aluminium dans les briques à boisson. Cela permettrait d'améliorer à la fois la recyclabilité et l'empreinte carbone de ce que l'on appelle les "briks." Il s'agit d'un objectif ambitieux, car cette couche joue précisément un rôle important dans les propriétés de barrière de l'emballage. N'oublions pas non plus que les briques sont utilisées pour emballer des produits liquides. C'est pourquoi on s'oriente vers une couche de plastique ultrafine combinée à une coque en carton plus épaisse. Mais la question est de savoir si cela n'augmentera pas le poids total, car l'effort écologique serait alors nul. Vous voyez: il s'agit toujours de trouver l'équilibre idéal entre la recyclabilité, l'empreinte carbone et la satisfaction du consommateur. Il s'agit là d'une tâche extrêmement difficile qui prend du temps et implique de nombreux essais et erreurs. L'évolution vers des emballages plus durables est bel et bien là, mais elle est lente. Peut-être plus lentement que ne le souhaiteraient les producteurs et les consommateurs.
Photos: Danone


