Une encre fluorescente permet de tracer les bouteilles de lait tout au long du processus de recyclage
Sun Chemical, Polytag, Aldi UK et Arla testent au Royaume-Uni une technologie permettant de suivre numériquement les emballages de lait tout au long du processus de recyclage. Des marqueurs UV invisibles, imprimés à l'aide d'une encre fluorescente spécialement développée sur des étiquettes enveloppantes, doivent ainsi fournir des données concrètes sur ce qu'il advient réellement d'un emballage après utilisation.
Comment un propriétaire de marque peut-il savoir ce qu’il advient de ses emballages une fois que le consommateur les a jetés dans le flux de déchets ? Cette question est au cœur d’un test pratique de huit semaines mené par Aldi, la coopérative laitière Arla et la plateforme de recyclage Polytag. Sun Chemical et l’imprimeur d’étiquettes Saica Flex jouent également un rôle important dans ce projet.
Des étiquettes enveloppantes sont apposées sur les bouteilles de lait d’Arla ; celles-ci comportent des marqueurs UV invisibles imprimés à l’aide d’une encre fluorescente spécialement développée. Ces étiquettes sont produites par Saica Flex. Lorsque l’emballage entre ensuite dans le système de recyclage, les dispositifs de détection de Polytag peuvent reconnaître et enregistrer ces marqueurs.
Le résultat devrait fournir une image beaucoup plus précise du parcours suivi par un emballage après utilisation.
Encre fluorescente
Ce projet s’inscrit dans la continuité d’une précédente collaboration datant de 2023. À l’époque, la technologie avait été testée avec des étiquettes autocollantes. Dans le cadre de ce nouvel essai, le choix s’est porté sur des étiquettes enveloppantes apposées sur des bouteilles de lait de la gamme Arla, qui sont mises en place dans l’usine d’Oakthorpe.
Selon Sun Chemical, l’encre fluorescente peut être appliquée à l’aide de techniques d’impression conventionnelles. C’est un aspect important pour la faisabilité pratique du système : la technologie peut être intégrée dans les processus de production existants sans qu’il soit nécessaire de réduire la cadence de production.
L’impact de l’encre sur le processus de recyclage a également été étudié. La formulation a été testée conformément aux procédures « Washing Quick Test » de RecyClass et au test EPBP Quicktest QT 507.
« L’encre a donné de bons résultats lors de ces tests », explique Stefaan D’hoore, directeur du développement commercial, Specialty Ink & Coatings chez Sun Chemical. « Elle a été approuvée pour une utilisation sur des étiquettes pouvant être détectées de manière optimale par les unités de détection indépendantes de l’encre de Polytag. Cela permet de collecter des données de recyclage fiables sans nuire à la qualité des polymères recyclés. »
Pour Sun Chemical, ce projet constitue en outre une première. « Il s’agit de la première application commerciale de notre encre fluorescente en combinaison avec la technologie de Polytag », précise M. D’hoore. « Elle montre comment la collaboration tout au long de la chaîne de valeur de l’emballage peut garantir une plus grande transparence et accélérer la transition vers une économie circulaire. »
Détection dans le flux de déchets
Les marqueurs UV ne sont pas visibles à l’œil nu. Lorsqu’un emballage marqué arrive dans une installation de tri – appelée « Materials Recovery Facility » (MRF) –, il est reconnu par les « Plastic Detection Units » de Polytag.
Ces installations collectent des données en temps réel, jusqu’au niveau du code-barres. Grâce à un tableau de bord numérique, les marques et les détaillants peuvent ensuite suivre le parcours de leurs emballages tout au long du flux de recyclage.
Cette technologie déplace ainsi l’attention de la recyclabilité théorique d’un emballage vers ce qu’il advient de celui-ci dans la pratique.
Selon Alice Rackley, PDG de Polytag, ce nouvel essai mené avec Aldi et Arla montre avant tout que la technologie peut être déployée à plus grande échelle. « Cette nouvelle phase démontre l’évolutivité et la fiabilité de notre solution de marquage UV. La collaboration avec Saica Flex montre également à quel point la coopération est importante pour mettre réellement sur le marché des solutions d’emballage innovantes. » Selon Mme Rackley, cette technologie offre en outre aux marques « un moyen simple et rentable d’obtenir des informations détaillées sur le recyclage ».
Des données pour les décisions en matière d’emballage
Pour Aldi, la valeur ajoutée réside principalement dans les données fournies par le système. Celles-ci doivent aider le distributeur à mieux étayer ses futures décisions en matière d’emballage. « Cette nouvelle étape avec Polytag constitue une avancée majeure dans la manière dont nous utilisons les données au service de notre stratégie de développement durable », déclare Luke Emery, directeur des plastiques et des emballages chez Aldi UK. « En intégrant cette technologie de traçabilité de pointe dans nos emballages, nous obtenons une bien meilleure compréhension du cycle de vie de nos matériaux. »
Arla souhaite également avant tout savoir ce qu’il advient des emballages une fois qu’ils ont quitté le magasin. « En tant que plus grande coopérative laitière d’Europe, nous voulons comprendre comment nos emballages se comportent au-delà du point de vente », explique Helena Delgado Nordmann, responsable du développement durable chez Arla Foods UK. « En collaborant avec Polytag, nous espérons obtenir des informations précieuses sur la manière dont les emballages de lait circulent dans le système de recyclage. »
Selon Arla, ces informations devraient permettre de mieux orienter les futurs développements en matière d’emballages et d’améliorer encore la circularité de ces derniers.
Essai à grande échelle
Pour l’industrie de l’emballage, cet essai met en lumière une distinction de plus en plus importante. En effet, le fait qu’un emballage soit techniquement recyclable ne signifie pas automatiquement qu’il sera effectivement collecté, trié et recyclé après utilisation.
Le marquage UV peut contribuer à réduire ce manque de connaissances en fournissant aux propriétaires de marques et aux fabricants des données réelles issues de la chaîne des déchets et du recyclage.
Polytag teste désormais cette technologie à plus grande échelle. En collaboration avec l’organisme français de gestion des emballages Citeo, l’entreprise affirme avoir atteint un taux de détection de 100 % dans l’un des centres de tri les plus actifs d’Europe, situé en France.
Les données collectées peuvent à terme aider les marques à évaluer leurs performances par rapport à leurs objectifs de développement durable et à étayer leurs décisions concernant les futurs emballages. Avec le déploiement progressif de la responsabilité élargie des producteurs (REP), il devient de plus en plus important de disposer d’informations fiables sur ce qu’il advient réellement des matériaux d’emballage.
Pour l’industrie graphique, ce projet montre également que l’imprimé se voit attribuer une nouvelle fonction. L’étiquette ne se contente pas de véhiculer des informations sur la marque, le produit et les exigences légales ; grâce à des encres fonctionnelles, elle peut également ajouter une couche d’informations numériques invisible. Dans ce cas précis, cette couche devient un outil permettant de suivre l’emballage jusqu’au cœur de la chaîne de recyclage.