Tourné vers l'avenir
L'Institut Plantin de Typographie célèbre 75 ans de savoir-faire
L'Institut Plantin de typographie a été fondé il y a 75 ans afin d'offrir une formation de perfectionnement aux typographes, graphistes et créateurs de caractères. Cette ambition initiale est restée remarquablement intacte. "Notre rôle est de continuer à transmettre aux graphistes d’aujourd’hui le savoir existant, avec ses fondements historiques et son raffinement acquis au fil des siècles", explique le président Joran Proot.
L’Institut Plantin de Typographie propose un approfondissement aux personnes qui souhaitent délibérément aller plus loin dans la typographie et la conception de livres. Le public cible s’avère très diversifié. Au cours de la dernière année académique, dix-huit étudiants ont suivi l’intégralité du programme du samedi, auxquels se sont ajoutés des participants ayant choisi des cours individuels. Les plus jeunes ont une vingtaine d’années, les plus âgés sont déjà à la retraite. On y trouve des graphistes, des relieurs, des photographes, des architectes, des employés d’imprimeries et des personnes qui s’inscrivent par passion personnelle pour les livres.
"Ce qui les unit, c’est vraiment une forte motivation intrinsèque", explique Proot. Cette motivation est d’ailleurs indispensable. L'an dernier, la formation coûtait 1.800 euros et outre, les cours, elle exige un engagement considérable. "Nous précisons toujours qu’il faut compter une journée par semaine pour y travailler. On ne peut pas s’en sortir avec moins. Et à la fin de l’année, c’est même davantage."
De la lettre au livre fini
La formation en néerlandais Typographie & Livre s'étale sur 25 samedis et s’articule autour de trois grands blocs: la microtypographie, la macrotypographie et un module pratique. Au total, dix-sept matières sont abordées.
Les élèves commencent par les bases: le choix des caractères, la lisibilité et les propriétés des caractères. L’accent est ensuite mis sur la mise en page d’une page et d’un double-page. Vient ensuite l’étude de l’ensemble du processus de production, du papier et des techniques d’illustration au prépresse, en passant par les techniques d’impression, la reliure, le design éditorial et l’édition hybride. "L’objectif est qu’à la fin de l’année, vous sachiez tout ce qu’il faut savoir et que vous ayez les compétences nécessaires pour publier vous-même un livre", résume Proot.
La formation s’adresse aux graphistes qui souhaitent se spécialiser dans la création de livres et de magazines. Il y a aussi des rédacteurs et des éditeurs désireux de mieux comprendre le processus de conception qui s’inscrivent à cette formation. Le programme prévoit également des moments consacrés à la pratique de la production sous forme de visites d’étude. Les étudiants se rendent notamment à l’atelier de reliure Brepols à Turnhout et aux imprimeries Albe De Coker à Hoboken et Zwartopwit à Herenthout.
Le lieu est tout à fait exceptionnel. Les cours ont lieu au musée Plantin-Moretus à Anvers. Les élèves peuvent y retrouver des collections, du matériel et une expertise en lien direct avec ce qu’ils étudient. "Les gens trouvent formidable de se rendre dans ce lieu historique où Christophe Plantin a développé, au XVIe siècle, l’une des plus importantes maisons d’édition d’Europe. C’est vraiment un atout", affirme Proot.
L’IA et le retour des créations qui sortent du lot
Et puis, il y a l’IA. Aujourd’hui, les logiciels peuvent mettre en page un texte, générer des images et proposer des publications complètes en quelques secondes. Cela ne rend-il pas les connaissances typographiques approfondies moins nécessaires? Proot renverse le raisonnement. "Je pense que dans de nombreux secteurs, l’IA va amener les gens à faire des choix plus réfléchis. Y compris en matière de conception de livres et de typographie."
Il établit un parallèle avec l’arrivée de l’ordinateur personnel et de logiciels comme Word il y a 35 ans. Du jour au lendemain, tout le monde disposait d’une boîte à outils regorgeant de polices, de couleurs, de soulignements et d’autres effets. Cela n’a pas automatiquement conduit à une meilleure conception graphique. "Aujourd’hui, n’importe qui peut mettre en page un livre depuis chez soi, que ce soit de manière correcte, esthétique ou professionnelle ou non. Mais il y aura toujours des niches où les gens diront: je veux créer quelque chose qui sorte du lot."
C’est précisément là que Proot voit un rôle pour l’expertise spécialisée. Un graphiste peut combiner délibérément différents types de papier, utiliser une technique d’impression particulière ou opter pour une reliure spécifique. "Ce sont des choix qu’une application d’IA ne peut pas imaginer, ou du moins ne peut pas assembler de manière cohérente." L’IA peut ainsi donner lieu à un paradoxe singulier. D’une part, le design standard devient de plus en plus facile à produire, ce qui risque d’entraîner une plus grande uniformité visuelle. D’autre part, c’est précisément pour cette raison que l’appréciation de l’originalité peut s’accroître.
"Notre rôle est de continuer à soutenir et à transmettre au graphiste le savoir existant, avec cette base historique et ce raffinement acquis au fil des siècles. Nos cours permettent de comprendre les possibilités, mais aussi les limites, afin de pouvoir les maîtriser." Proot ne voit donc pas l’avenir d’un œil sombre. "Je pense que l’évolution actuelle ne fera que renforcer encore davantage le niveau professionnel. Et il y aura toujours un marché pour cela."
Conception typographique pour un public international
Un deuxième pilier est l’Expert Class Type Design. La formation a été dirigée pendant quinze ans par Frank Blokland, de la Dutch Type Library (DTL). Après son départ, Jeremy Tankard, créateur de caractères britannique de renommée internationale, a été recruté. Cela a également entraîné un changement d’approche. Alors que sous la direction de Blokland, l’accent était mis sur la renaissance de caractères historiques, les élèves développent désormais leur propre police sous la houlette de Tankard.
Pour Proot, le choix des formateurs est crucial. "Nous procédons toujours à une sélection et à un recrutement très rigoureux des formateurs, car nous souhaitons travailler uniquement avec les meilleurs experts. Si vous ne l’apprenez pas chez nous, où pourrez-vous l’apprendre? Nous devons nous assurer de disposer des meilleurs experts."
L’Expert Class accueille jusqu’à seize élèves et le cours est dispensé en anglais. Les participants viennent notamment du Brésil, des États-Unis, du Canada, d’Espagne, du Portugal, d’Allemagne et des Pays-Bas. Seule une minorité est originaire de Belgique.
Pourtant, cette formation internationale ne commence délibérément pas derrière un écran d’ordinateur. "Si vous voulez travailler avec un groupe international de seize personnes qui ne se connaissent pas, la mayonnaise ne prend pas toute seule. C’est pourquoi nous obligeons tout le monde à venir passer une semaine à Anvers au début de l’année", explique Proot.
Du 12 au 16 octobre 2026, les étudiants seront plongés, au Musée Plantin-Moretus, dans des cours, des exercices, des sources historiques, des conférences données par des intervenants extérieurs et des visites d’étude. S’ensuivront ensuite neuf journées de cours en ligne entre novembre 2026 et fin avril 2027.
Dessiner cinq cents lettres
La formation est assez intensive. Selon Joran Proot, les participants doivent compter deux jours de travail préparatoire par semaine. Et ce n’est pas sans raison. Au final, chaque élève développe une police complète en quatre variantes: romaine, italique, gras et italique gras. "On ne se contente pas de créer les lettres de A à Z et les chiffres, mais tout un ensemble complet de glyphes comprenant des caractères spéciaux. Il faut compter entre cent et cent vingt glyphes, multipliés par quatre. Si l'on veut concevoir cinq cents glyphes en un an, il y a du pain sur la planche."
La liberté de créer sa propre police s’avère être un attrait majeur. "Avec Jeremy Tankard, on ne se base plus sur la renaissance de styles anciens. Les élèves sont libres. C’est très attrayant pour beaucoup d’entre eux, car ils souhaitent insuffler leur propre identité et leur personnalité dans cette police", explique Proot.
L’indépendance a un prix
Derrière ce programme ambitieux sur le fond se cache toutefois un modèle financier fragile. L’Institut Plantin n’est pas un établissement d’enseignement reconnu en Flandre et ne reçoit donc pas de subventions publiques structurelles pour ses formations. "Depuis notre création, nous avons formé des centaines d'élèves et bon nombre d’entre eux travaillent dans le secteur et mettent ces connaissances en pratique. Mais en tant qu’établissement d’enseignement, nous ne bénéficions d’aucune subvention structurelle à cet effet", explique Proot. "Heureusement, nous recevons depuis des années le soutien de la ville d’Anvers et nous espérons que cela se poursuivra au cours de la prochaine période politique."
Selon le président, environ deux tiers des recettes doivent provenir des frais d’inscription. Cela rend l’institut sensible aux fluctuations du nombre d'élèves. "En fait, c’est mon principal objectif en tant que président: réduire notre vulnérabilité financière en attirant davantage de partenaires." Aujourd’hui, il estime que ces partenaires représentent moins de 5% du budget annuel. À terme, il souhaite atteindre un quart.
En collaboration avec l'industrie
Aujourd’hui, l’institut collabore avec des entreprises telles qu’Agfa, qui produit les panneaux destinés à l’exposition de fin d’année dans son centre de démonstration à Mortsel. Le musée Plantin-Moretus met à disposition ses infrastructures et ses collections. L'AP Hogeschool veille à la qualité du contenu et homologue les diplômes. À partir de la nouvelle année académique, une collaboration structurelle s'ajoutera à cela avec Albe De Coker. Cette imprimerie familiale finance un cours consacré au prépresse et aux technologies d'impression.
L’institut lui-même fonctionne désormais avec une équipe professionnelle réduite au strict minimum. "Nous avons un seul collaborateur, Jan Van der Linden, qui coordonne l’ensemble des activités et est engagé à temps partiel. Nous disposons en outre d’une très grande équipe de bénévoles, de membres du conseil d’administration et de personnes qui travaillent en coulisses." Ce réseau est indispensable. Rien que dans la formation Typographie & Livre, il faut coordonner dix-sept enseignants.
Cette petite taille et cette indépendance s’avèrent à la fois une faiblesse et une force. "Être une formation indépendante présente des inconvénients. J’ai déjà évoqué les défis budgétaires. Mais cela présente aussi d’énormes avantages, car on n’est pas lié", explique Proot. "Cela permet à l’institut de choisir relativement vite des enseignants, des partenaires, des thèmes et des techniques qui correspondent à l’actualité du domaine et de continuer à exceller."